Stream of Stories

Les sources orientales des Fables de La Fontaine


Du 25 janvier au 9 février 2017
Vernissage : 24 janvier à 18h

Ouvert du mardi au jeudi de 12h à 14h et de 16h30 à 18h et sur rendez-vous


Commissariat : Katia Kameli (Département Arts Lille 3) et Gilles Froger (ESA)
Louise Ajuste, Amanda Ariawan, Océane Azeau, Camille Bertreux, Noémie Bonnel,Claire Bretesché, Odile Briatte, Marie Brissy, Maurane Bury, Mathilde Chieux, Pedro Cobra, Barbara Decrock, Noémie Deruelle, Manon Dupuis, Lucile Fremondière, Laurick Garrido, Sahar Hesmati, Cécile Hubert, Soosan Khandan, Coline Lasbats, Ysé Le Bellec, Marie-Hélène Machelard, Larisayumi Miyashiro, Myriem Nouhaud, Juliette Pernin, Alice Revol, Alizée Ségard, Candice Soenen, Justine Wibaut

Interrogeant des influences rarement évoquées entre Orient et Occident, Stream of Stories ou les sources orientales des Fables de La Fontaine explore les origines d’un classique de la littérature française. L’exposition présente des travaux d’étudiants de l’École Supérieure d’Art et du Département Arts de l’Université Lille 3, conçus en réaction à la lecture des différents récits ayant abouti à la fable des « Animaux malades de la peste ».

Considéré comme l’une des plus importantes contributions de l’Inde à la littérature mondiale, le Panchatantra signifie « Le livre d’instruction en cinq parties ». Ce recueil de contes et d’apologues, rédigé en sanskrit, provenant de la tradition orale, est attribué à un brahmane nommé Vishnusharman. A la demande du roi Amarshakti, il aurait conçu ce livre pour les princes, comme un guide d’apprentissage pour gouverner, au 3e siècle avant notre ère. Les préceptes sont illustrés par des fables qui mettent en scène tout un bestiaire parlant qui s’apparente au comportement humain. L’ouvrage se compose en cinq parties thématiques, introduite chacune par un récit-cadre qui regroupe plusieurs histoires et fonctionne comme une succession de poupées russes. Son approche divertissante a pour but de communiquer l’essence de la diplomatie, des relations humaines, de la politique et de la gestion.

Cet ouvrage séculaire s’est très vite répandu dans les pays voisins et dans le monde. Au 6ème siècle de notre ère, un médecin du Roi Sassanian Anushirvan prénomé Burzoe fut envoyé en Inde à la recherche d’une herbe médicinale. Il en rapporta le Panchatantra. Fasciné par le livre, il le traduisit en persan sous le titre Kalilah wa Dimnah. Cette version persane fut à son tour traduite en arabe en 750 après JC par l’érudit perse Ibn Al-Muqaffa. Presque toutes les versions pré-modernes en Europe ont leurs racines dans cette contribution arabe. L’adaptation d’Al-Muqaffa porte le nom de Kalila wa Dimna et insère une nouvelle préface et un nouveau chapitre. Elle mentionne dans son introduction que le livre a quatre objectifs : être attractif pour les jeunes lecteurs en employant des animaux dans les histoires ; capturer l’attention de dirigeants confrontés aux même dilemmes que les scènes décrites ; stimuler la curiosité du peuple pour que le livre soit préservé ; alimenter les discussions. Il a aussi changé la caractérisation de quelques animaux avec par exemple les cygnes transformés en canards ou la mangouste en belette. Kalila wa Dimna est l’introduction de la prose littéraire dans la littérature et le monde arabe et est le premier livre à être illustré. La copie la plus ancienne date de 1220 et se trouve à la Bibliothèque Nationale de France.
Le Panchatantra influence également des auteurs français puisque entre 1668 et 1694, Jean de La Fontaine reconnaît expressément sa dette à l’égard de la source indienne dans la préface de sa seconde collection de Fables en faisant référence au sage

Indien Pilpay : « Il ne m’a pas semblé nécessaire ici de présenter mes raisons ni de mentionner les sources à partir desquelles j’ai tracé mes derniers thèmes. Je dirai, comme dans un élan de gratitude, que j’en dois la plus grande partie au Sage Indien Pilpay. Son livre a été traduit en toutes les langues. Les gens du pays le croient fort ancien, et original à l’égard d’Ésope, si ce n’est Ésope lui-même sous le nom du sage Locman » .En réalité Jean de la Fontaine utilisera a priori des ouvrages issus de la version arabe et donc déjà modifiés.

On compte aujourd’hui cinquante-sept traductions et autant d’interprétations du Panchatantra. Pourtant, aucun texte sanskrit original n’a survécu. Les chercheurs étudient les nombreuses œuvres dérivées et les variantes de l’original.