M’entendez-vous ?

Exposition M’entendez-vous ?


Commissariat : Clémence Canet
Avec les œuvres de : Olivier Bémer, Paul Heintz, Camille Llobet, Adrianna Wallis, Zohreh Zavareh
Création du site : David Daumer
Régie : Quentin Gralepois

Du 13 janvier au 3 février 2021
Rendez-vous sur mentendezvous.fr

« Tout simplement on dit tombola à la place de tambour. Tambour et tombola si on y regarde de plus près, moi je mettrais tombola à la place de tambour. Au lieu de  »Allez, tous, on va à la tombola », on pourrait dire « Oh ! Quel beau tambour mou ! » »

Zohreh Zavareh, Une situation prometteuse, vidéo en boucle, 2014
Paul Heintz, Blagueurs anonymes, performance filmée, 20’, 2014
Adrianna Wallis, Les réponses, vidéo HD, 17’, 2018
Olivier Bémer, Alice & John, vidéo en boucle, 5’24, 2017
Camille Llobet, Majelich, performance filmée, 10’27, 2018

Dans ce texte, c’est « tout simplement » que le poète Tarkos décide d’employer un mot à la place d’un autre, d’interchanger deux signifiants qui renvoient à des réalités qui n’ont aucun rapport. Au long du poème, la répétition de « tambour » et de « tombola » conduit ces deux termes à se vider de leur sens, à devenir deux coquilles vides prêtes à accueillir n’importe quel signifié.

Le langage, en tant que système de signes organisé, permettant de communiquer au groupe qui le partage, est ici déstabilisé. Que se passe-t-il quand un grain de sable s’immisce dans la chaîne bien huilée de l’acte de communication langagière tel que le définit Jakobson1, et selon lequel un·e destinateur·e envoie un message, lié à un contexte, à un·e destinataire ; message transmis dans un code commun par l’intermédiaire d’un contact ? Que se passe-t-il quand le code employé n’est plus partagé par la·le destinateur·e et la·le destinataire ? Quand les mots perdent leur signification ou sont en contradiction avec la situation montrée ou vécue ?

L’échec de la communication plane, le risque du malentendu apparaît.

Et ce risque n’existe pas uniquement dans le cas de la parole poétique, il nous guette à chaque interaction. Car si le langage apparaît comme un outil privilégié de la communication, si le partage d’une même langue représente un atout de taille pour la compréhension, celle-ci dépend aussi des structures de pensée dans lesquelles s’inscrivent celles·ceux qui manipulent ou qui reçoivent la parole. La communication et la compréhension entre êtres humains font face à de nombreux périls, et l’inintelligibilité est un écueil sur lequel elles se brisent souvent.

Loin d’envisager ce constat comme un échec, de nombreuses·x artistes contemporain·e·s font le pari du potentiel créateur des failles propres aux échanges langagiers. S’amusant des potentialités sans cesse renouvelées des outils de communication, c’est une parole débarrassée de son objectif d’efficacité que nous donnent à appréhender les artistes réuni·e·s dans l’exposition. Il ne s’agit plus alors de constater l’échec de l’échange langagier mais plutôt d’en faire l’expérience, et de voir ce que ce prétendu insuccès permet. Si au sens étymologique, la communication désigne des « manières d’être ensemble », c’est bien à cela que nous invitent les œuvres de l’exposition, qu’on s’entende ou non.

1.Roman Jakobson, Essais de linguistique générale I, Paris, Les Éditions de Minuit, 1963.