Journée d’étude, De l’espace numérique à l’espace de la galerie

Organisée par Carlijn Juste (doctorante en Arts Plastiques, Université de Lille, ULR CEAC 3587)

De l’espace numérique à l’espace de la galerie

Stratégies curatoriales pour l’art numériques et post-digital

JEUDI 18 NOVEMBRE 2021 DE 9H30 À 12H30 ET DE 14H00 À 16H30

Conférences d’Annet Dekker (professeure, Université d’Amsterdam), J. Emil Sennewald (docteur en lettres, critique d’art, professeur à l’ESACM, Clermont-Ferrand ) et de Morgane Stricot (conservatrice en chef, chargée de la restauration numérique du ZKM, Karlsruhe, Allemagne). Table ronde avec Christophe Brouard (directeur des musées de Soissons), Clément Thibault (directeur artistique du Cube, Paris), Caroline Carton (responsable des arts visuels, lille3000), David Ayoun (artiste) et Lucien Bitaux (artiste)

Espace Baïetto, Maison Européenne
des Sciences de l’Homme et de la Société (MESHS),
2 Rue des Canonniers, 59000 Lille

Inscription obligatoire : http://www.weezevent.com/-4559
Manifestation soumise au passe sanitaire


DE L’ESPACE NUMÉRIQUE À L’ESPACE DE LA GALERIE ouverture par Nathalie Delbard et Carlijn Juste

Nous vivons aujourd’hui dans un monde où les technologies numériques sont un facteur structurant de notre société. Comme l’annonçait Nicholas Negroponte, co-fondateur du MIT Media Lab, en 1998 le numérique est devenu quotidien à un point où, tout comme l’eau potable ou l’air, il ne se fait plus remarquer par sa présence, mais par son absence. Alors qu’il y a vingt ans le numérique était encore novateur, voir révolutionnaire, il est aujourd’hui devenue aussi omniprésent si bien que nous le remarquons seulement quand nous y n’avons plus accès.
Quand les grands musées américains commençaient à s’intéresser à des formes numériques et computationnelles de l’art au début des années 2000, les œuvres numériques ou post-digital étaient encore novatrices et se présentaient comme pionnières. Elles se situent aujourd’hui au cœur de la production artistique. Nombre d’objets d’artistiques ne sont pas purement numériques ou purement physiques mais se situent sur un continuum entre ces deux pôles qui autorise des allers-retours et des retranscriptions entre matière physique et code numérique.
Les artistes explorent ces nouvelles matérialités et les potentiels esthétiques qu’ils engendrent. Mais qu’en est-il de l’espace physique de la galerie d’exposition ? L’espace, intentionnellement créé ou choisi par l’artiste ou le conservateur d’exposition, constitue la condition même de la perception d’une œuvre d’art. Ces œuvres, qui peuvent avoir des caractéristiques comme l’interactivité, la variabilité ou être éphémères, ont, telle est notre conviction, facilité l’émergence de nouvelles formes curatoriales et demandent une adaptation des espaces d’exposition, musées et centres d’art existants. Mais, l’espace de la galerie a-t-il autant été transformé que les œuvres qu’il expose ? Quels sont les
nouveaux espaces, concepts et méthodes de travail qui se sont constitués en réaction à ces œuvres d’art ? Que nous reste-t-il des œuvres pionnières des décennies précédentes, de leurs matérialité et fonctionnement et quelle trace allons-nous garder de cette production artistique hautement éphémère ?
Cette journée d’études se propose comme un espace de réflexion qui réunira des théoriciens et historiens de l’art, des commissaires d’expositions, des conservateurs, des artistes et critiques d’art. Il donnera l’occasion de discuter du statut des œuvres d’art numériques et post numériques et de leur mise en exposition dans les musées d’art contemporain.

Annet Dekker, How to Do Curating with Digital Art

What is the role of the curator when organizing digital art exhibitions in offline and online spaces? This presentation focuses on how digital art, alongside the experiments of curators, artists and designers, has opened the possibility to reconfigure traditional models and methods of presenting and accessing art. Moving from physical space to online curating I propose that the role of the curator changes. Whereas a curator usually decides and influences the way art is presented and valued, under the influence of online and networked infrastructures the curator becomes part of an imbricate socio-technical space in which art is created, displayed and distributed. Being enmeshed in different economic, technical and socio-political agendas, curating can be framed as a new space of performativity, shifting the question from who is curating to how curating is performed and processed. In the process, the presentation addresses how digital art challenges certain established museological values and precipitate alternative ways of understanding curatorial responsibility and art’s stewardship.

 J.E. Sennewald, Ceci n’est pas un médium – l’exposition comme rencontre

Deux conditions marquent l’ère post digital : le fait que « Internet is all over » (Hito Steyerl) et l’inversion d’actions culturelles, opérée désormais par profilages et prescriptions. Post digitale et industrielle, l’exposition est aujourd’hui façonnée par les technologies d’inscription et de filtrage. Par conséquent, elle ne permet plus l’accès à une altérité radicale – elle n’est donc plus médium dans le sens aristotélicien. Si nous considérons le médium comme condition du réel qui s’actualise (dans le sens de l’actus, poussé et fait) par la rencontre du sujet percevant et de l’objet perçu, suspendre cette rencontre par la prescription annule l’exposition comme médium. Pour élaborer une critique de l’exposition comme dispositif ou médium (Glicenstein, Hui), nous partons d’une lecture attentive du cycle « La trahison des images » (1928-1966) de René Magritte.« Le deux mystères », l’image-exposition clôturant ce cycle, conduira à interroger l’exposition comme forme. Ceci nous conduira à introduire « la recherche par l’exposition », tel que nous l’avons développé au sein d’EnsadLab « Displays », et à questionner ses conditions de rencontre (Morizot, Zhong Mengual). Les expériences faites avec un lieu d’exposition parisien, « café au lit », introduiront les notions d’hospitalité, de la confiance et de la transduction comme fondamentaux de l’exposition.

Morgane Stricot, « Writing the History of the Future », the ZKM collection 

The 30th anniversary of the ZKM | Center for Art and Media in Karlsruhe is the occasion to present the master pieces of the largest collection of media and digital art in the world. With more than 500 objects, the exhibition “Writing the History of the Future” is a real chance for the public to see early media and digital artworks, with part of them in their legacy hardware and software environment. This was made possible through the commitment of ZKM’s technical and restoration teams who preserve the collection with the strong believe that perhaps the museum has become the last place where we can still experience past media in action. With such a collection, the ZKM became a unique pit for experimentation in preservation and media archaeology. Whether shown within their historical materiality, updated or even reconstructed with different technologies, each artwork successfully exhibited become a way to preserve not only this artwork but also its embedded knowledge.

Table ronde avec Christophe Brouard (directeur des musées de Soissons), Clément Thibault (directeur artistique du Cube, Paris), David Ayoun (artiste), Lucien Bitaux (artiste)